• Selon le Coran, les femmes doivent être frappées, battues ou corrigées

    Selon le Coran, les femmes doivent être frappées, battues ou
     corrigées, c'est au choix

     S'il est un verset du Coran qui mérite d'être connu, c'est celui de la
     sourate des femmes où le divin texte exhorte le mari à frapper sa
     femme. Frapper sa femme, à moins qu'il ne s'agisse de la battre ou,
     dans la traduction plus pudique de Jacques Berque, de la corriger.
     Quant à celle de Si Hamza Boubakeur, sévir contre elles suffit, sans
     en préciser le moyen. Les nuances entre les traductions sont minimes
     et s'accordent toutes dans la légitimation du châtiment corporel de
     l'épouse. Texte barbare écrit à une époque où les musulmans se
     signalaient essentiellement par leur habileté à porter les armes, le
     Coran sert la domination masculine en alimentant la fable d'une
     infériorité féminine décidée définitivement lors du péché originel,
     une tare communément admise, et requise, par les trois monothéismes
     pour leur propre survie.

     Quand leur sont présentés les versets les plus haineux du "saint
     livre", les croyants rétorquent systématiquement et avec suffisance,
     fort de s'imaginer les seuls instruits en pseudo-sciences islamiques,
     que la traduction est mauvaise, que l'infidèle n'a pas compris, que le
     propos coranique est déformé et autres fariboles qui ne font que
     refuser, et la précipitent par la même occasion, l'évolution lente,
     mais inéluctable, de la société vers moins d'emprise du religieux, de
     son autoritarisme et de ses superstitions.

     Afin de couper court à cette argumentation simpliste ("le texte n'est
     pas mauvais, c'est ta lecture infidèle qui l'est"), neuf traductions
     de ce verset de la sourate 4 ont été examinées. Comme la numérotation
     peut varier, le verset apparaît au numéro 34 dans la plupart des
     éditions alors qu'il est noté au numéro 38 dans celle de Kasimirski et
     que Blachère indique les deux correspondances 38/34.

     Et le résultat est à couper le souffle : selon la traduction, le sort
     réservé aux femmes par la grandeur spirituelle de l'islam est d'être
     battues, frappées ou corrigées. Sachant que, d'après les légendes
     musulmanes, le Coran est incréé (pas d'auteur humain ni de date ou de
     lieu de confection ce qui résout astucieusement les nombreux écueils
     propres à l'élaboration de tout texte historique) et qu'il constitue
     la copie parfaite du "Livre conservé au ciel", la simple existence de
     ce verset brutal et misogyne suffit à rejeter l'ensemble du livre. Et
     l'islamophobie devient alors une attitude saine et naturelle.

     Les traductions du verset 34/38 de la sourate 4 :

     Mouhammad Hamidullah

     "34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs
     qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des
     dépenses qu'ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont
     obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé,
     pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant
     à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les,
     éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles
     arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles,
     car Allah est certes, Haut et Grand !"

     Jacques Berque, Albin Michel, 1995

     "34. Les hommes assument les femmes à raison de ce dont Dieu les
     avantage sur elles et de ce dont ils font dépense sur leurs propres
     biens. Réciproquement, les bonnes épouses sont dévotieuses et gardent
     dans l'absence ce que Dieu sauvegarde. Celles de qui vous craignez
     l'insoumission, faites-leur la morale, désertez leur couche,
     corrigez-les. Mais une fois ramenées à l'obéissance, ne leur cherchez
     pas prétexte. Dieu est Auguste et Grand."

     Kasimirski, GF-Flammarion, 1970

     "38. Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par
     lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que
     les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes
     vertueuses sont obéissantes et soumises ; elles conservent
     soigneusement pendant l'absence de leurs maris ce que Dieu a ordonné
     de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous avez à
     craindre l'inobéissance; vous les relèguerez dans des lits à part,
     vous les battrez ; mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur
     cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand."

     André Chouraqui

     "34. Les hommes ont autorité sur les femmes, du fait qu’Allah fait
     grâce à certains plus qu’à d’autres, et du fait qu’ils dépensent leurs
     biens. Les vertueuses adorent, et gardent le mystère de ce qu’Allah
     garde. Admonestez celles dont vous craignez la rébellion, reléguez-les
     dans des dortoirs, battez-les. Si elles vous obéissent, ne cherchez
     pas contre elles de querelle. Voici, Allah, le Sublime, le Grand."

     Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de l'Institut musulman de la
     mosquée de Paris, Maisonneuve et Larose, 1995

     "34. Les hommes ont autorité sur les femmes en raison [des qualités]
     par lesquelles Dieu vous a élevés les uns au-dessus des autres et en
     raison des dépenses qu'ils prélèvent sur leurs biens [au profit de
     leurs femmes]. Les [femmes] vertueuses sont sobres et maintiennent
     intact en l'absence de leur mari ce que Dieu a prescrit de conserver
     [ainsi]. Exhortez celles dont vous redoutez l'insubordination.
     Reléguez-les dans des lits à part et sévissez contre elles. Si elles
     vous obéissent, ne leur cherchez plus querelle. En vérité Dieu est
     très haut et très grand."

     C'est fort judicieusement, mais aussi plus sûrement pour mieux
     convaincre de sa candeur, que Si Hamza Boubakeur note dans son
     commentaire du verset 34 que le judaïsme et le christianisme
     enseignent eux aussi la supériorité de l'homme sur la femme, sans
     toutefois aller jusqu'aux coups. Mais on ne pourra qu'esquisser un
     sourire de compassion envers le père de Dalil Boubakeur lorsqu'il en
     appelle à la Tradition pour expliquer que l'islam, contrairement à ce
     que professe le Coran, déconseillerait en fait de battre les femmes...

     Régis Blachère, Maisonneuve et Larose, 1999

     "38/34. Les hommes ont autorité sur les femmes du fait qu'Allah a
     préféré certains d'entre vous à certains autres, et du fait que [les
     hommes] font dépense, sur leurs biens [, en faveur de leurs femmes].
     Les [femmes] vertueuses font oraison (qânit) et protègent ce qui doit
     l'être (?), du fait de ce qu'Allah consigne (?). Celles dont vous
     craignez l'indocilité, admonestez-les ! reléguez-les dans les lieux où
     elles couchent ! frappez-les ! Si elles vous obéissent, ne cherchez
     plus contre elles de voie [de contrainte] ! Allah est auguste et
     grand."

     Jean Grosjean, Éditions Philippe Lebeau, 1988

     "34. Les hommes ont autorité sur les femmes à cause des préférences de
     Dieu et à cause des dépenses des hommes. Les vertueuses sont dociles,
     elles protègent ce qui doit l'être selon la consigne de Dieu. Celles
     dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, reléguez-les dans
     leur chambre, frappez-les, mais si elles vous écoutent ne les
     querellez plus, car Dieu est sublime et grand."

     René R. Khawam, Maisonneuve et Larose, 1990

     "34. Les hommes ont le pas sur leurs femmes, à cause de la préférence
     que Dieu a manifestée pour les uns sur les autres, à cause de ce que
     dépensent les hommes pour la subsistance des femmes. Les femmes Justes
     sont assidues aux offices de prières, gardant au sujet de l'Invisible
     le secret que Dieu a gardé. Celles dont vous craignez la rébellion,
     exhortez-les, reléguez-les dans les chambres où elles couchent,
     frappez-les. Si elles vous obéissent, ne cherchez contre elles aucune
     voie de coercition. Dieu s'est montré Elevé et Grand."


     D. Masson, Gallimard, 1967 :

     "34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence
     que Dieu leur a accordé sur elles, et à cause des dépenses qu'il font
     pour assurer leur entretien. Les femmes vertueuses sont pieuses :
     elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve. Admonestez
     celles dont vous craignez l'infidélité ; reléguez-les dans des
     chambres à part et frappez-les. Mais ne leur cherchez plus querelle,
     si elles vous obéissent. Dieu est élevé et grand."

     D. Masson est en fait Denise Masson mais, pudeur émouvante de l'islam,
     nulle part le prénom, et donc le sexe, de la traductrice n'est
     mentionné dans la traduction éditée chez Gallimard en 1967 dans la
     collection La Pléiade. Ni la préface de Jean Grosjean, dont le prénom
     n'est pas occulté, ni l'introduction, les notes et la bibliographie de
     "D." Masson ne comportent le prénom de la traductrice. Ce travail
     ayant reçu l'imprimatur de l'Université d'Al Azhar au Caire, avouer
     qu'une femme ait pu exceller dans l'art de la traduction du Coran
     était insupportable aux fanatiques.

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